Réflexions

Avertissement : il ne s'agit que de mon point de vue, en aucun cas d'une vérité intangible.

La Voie, le Do, le sommet à atteindre.

Qu'est-ce que le niveau en aïkido ?

Le niveau correspond à l'expression des principes constitutifs de la pratique de l'aïkido... ce ne sont pas les principes biomécaniques que sont ikkyo, nikyo, sankyo, yonkyo et gokyo. 

Le niveau correspond à la manière de gravir la montagne, qui ouvre la possibilité d'en comprendre tous les secrets. Le grade est seulement l'altitude atteinte.

Au même grade, à la même altitude, le niveau fait la différence.

Vouloir apprendre

Apprendre nécessite de laisser de côté ses connaissances, même celles acquises au cours de longues années, ses croyances limitantes et ses à priori. L'enseignant, celui qui sait ne peut pas dire "écoute, moi je sais". Cette démarche serait très souvent et à juste raison, mal perçue. Le premier pas doit donc venir de celui qui veut apprendre, découvrir et qui, pour ce faire, se rapproche d'un senseï ("devant l'élève"). Progressivement, mais plus ou moins rapidement, peut s'installer un climat de confiance, de respect qui permet la transmission du savoir. 

Les principes constitutifs de l'aïkido ne sont pas écrits noir sur blanc, non pas tant qu'ils soient encore secrets, même si leur compréhension, leur découverte se méritent, mais plus par souci de liberté de choix de cheminement et de compréhension de l'aïkido par tout un chacun. Il n'y a pas qu'une seule manière de découvrir l'aïkido, par contre tous les principes, toutes les notions, ne sont pas systématiquement des principes constitutifs de l'aïkido. Leur découverte par soi-même permet leur appropriation, c'est à dire qu'elle permet de construire son propre avis. Cette construction personnelle pourra alors évoluer au fur et à mesure de la progression et de la compréhension de l'aïkido.

En effet, l'aïkido évolue, notre compréhension de l'aïkido aussi. Difficile alors d'écrire ce que sont ou ce que seraient les principes constitutifs. Cela, outre le risque de se tromper, figerait l'enseignement, la compréhension et l'évolution de chacun. Par contre, découvrir petit à petit une proposition de principes constitutifs et surtout leurs places respectives, leurs interactions permet d'enrichir notre réflexion sur notre pratique de l'aïkido. Cette nouvelle compréhension nourrit notre autonomie, notre liberté.


Kanji Kenkyu (étude, recherche) Aïkido

Enseignement et objectifs de l'aïkido

Ce pourrait être un sujet d’École des Cadres.

La technique n'est que la valeur instrumentale de l'aïkido. Dit plus simplement, c'est l'outil. Auprès de mes élèves je prends souvent l'exemple de la peinture (artistique).

Un grand maître de peinture de la Renaissance savait tout faire. Que ce soit préparer ses pigments, puis ses couleurs, fabriquer le cadre, tendre la toile, dessiner l'esquisse, maîtriser la perspective, le raccourci, la lumière, le sfumato, sélectionner le bois de l'ante et les soies de la botte de ses pinceaux, etc.

Heureusement que Léonard De Vinci ne s'est pas contenté de la seule maîtrise technique et qu'il a fait des tableaux.

Imaginerait-on un tel maître se restreindre à la seule maîtrise technique de la peinture sans jamais utiliser ses savoirs et compétences pour réaliser une œuvre, une peinture ?

Voir la pratique de l'aïkido uniquement comme une série de techniques, même de mieux en mieux réalisées, revient à être ce technicien qui ne peint jamais.

La technique est l'outil qui permet de comprendre les principes constitutifs de l'aïkido. Mais pour autant, ces principes ne sont pas l'aboutissement.

A quoi peuvent-ils donc bien servir ?

De mon point de vue, les principes permettent de découvrir la cohérence, la portée de l'aïkido. Cette compréhension permet alors d'atteindre une forme de liberté, puis un jour peut-être, suite à notre cheminement, de trouver sa place dans l'univers. Au fur et à mesure de notre progression, les principes forment un ensemble cohérent qui, alimenté par notre plus grande compréhension, s'élargit, prend du volume, un peu comme un ballon de baudruche que l'on gonfle.

La recherche de cette liberté me semble être ce qu'il faut enseigner, surtout si on a à l'esprit qu'enseigner c'est rendre autonome, rendre libre de ses choix.

Pour cela, la première condition est de ne pas utiliser les techniques comme un carcan mais bien comme un outil de la compréhension.

Par ailleurs, même si pour l'évaluation du 1er au 4ème dan, le focus des comportements observables est mis successivement et additionnellement sur :

  1. attitude (le shisei), déplacements, placement,
  2. coordination et continuité,
  3. fluidité et rythme,
  4. adaptabilité et liberté,

Dans cette liste des comportements observables, la liberté n'est nommée qu'en tout dernier. Cela ne signifie pas qu'il ne faille commencer à l'enseigner qu'à partir de 4ème dan. Cela risquerait alors d'être une véritable gageure. Il me paraît judicieux de la rechercher et de l'enseigner le plus tôt possible. Pour autant, enseigner la liberté ne signifie pas nécessairement qu'il faille l'avoir atteinte avant de commencer à l'enseigner. Il faut associer ses élèves à cette étude, tout simplement car la rechercher seul est chose difficile voire impossible, puisque l'aïkido propose non pas la fuite, la résistance, l'opposition mais bien l'union,  le musubi.

Cette liberté naturelle permet alors d'avoir l'attitude juste au moment juste (hic et nun), de cueillir l'instant, le jour (carpe diem). Cette liberté, puisqu'elle n'est pas assujettie à un objectif de réalisation technique, de domination de l'Autre ou de victoire. Cette liberté permet l'union avec l'Autre, qui de fait exclue toute possibilité d'échec. Là se trouve l'efficacité que propose l'aïkido.


Aïkido et sport

L'aïkido n'est pas un sport. Il n'y a pas de compétition.

C'est une particularité de l'aïkido. C'est aussi une activité physique qui peut être intense. Ceci me semble être un atout pour attirer la jeunesse, tout comme l'absence de compétition. Beaucoup de jeunes n'apprécient pas, ne souhaitent pas s'investir dans la compétition. D'autant plus que l'aspect compétitif est déjà largement présent dans leur vie d'élève.

Le fait qu'il n'y ait pas de compétition sous-entend qu'il ne devrait pas être question de "meilleur", de "bon ou moins bon". Vouloir être le meilleur est un frein à l'atteinte de la liberté que propose l’étude de l’aïkido (Voir article « Enseignement et objectifs de l’aïkido »).

Par contre, il est normal de préférer la pratique, l'enseignement d'untel ou d'untel en fonction de ses affinités et de sa compréhension de l'aïkido.

Il est cependant dommage de rejeter l'enseignement de quelqu'un au prétexte qu'on ne comprend pas son enseignement. Il me paraît plus profitable de continuer à suivre l'enseignement de cette personne jusqu'à comprendre sa proposition, puis à la faire sienne tout ou partie ou à défaut la mettre de côté.

En contrepartie de nous sortir de notre zone de confort, cette démarche enrichie notre expérience.